La mesure sensorielle, un outil pour mettre l’humain au cœur de la conception des espaces de travail ? par Aurélie Tricoire, Business Developer au CSTB 

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L’entreprise est un lieu où les salariés passent en moyenne 38 h par semaine. Une étude Steelcase/Ipsos fait le parallèle entre implication des salariés et qualité perçue des espaces de travail. Il est clair que de nombreux facteurs peuvent influencer la perception des espaces de travail (agencement, acoustique, matériaux et couleurs, température, luminosité, présence de la nature, etc.). Mais il reste difficile d’évaluer la perception qu’ont les salariés de ce qui contribue au bien-être au travail.
Des outils existent pourtant. L’analyse sensorielle et les approches innovantes développées autour de la qualité perçue, proposent de prendre en compte ces perceptions et leurs traductions physiologiques (bien-être, attention, stress, vigilance, etc.) de manière à placer l’humain au cœur de la conception. Comment ces outils fonctionnent-ils ? Un rétrofocus sur la mesure sensorielle s’impose pour y voir plus clair.

L’analyse sensorielle, pour quoi faire ?

La mesure sensorielle a été développée dans les années 1950 pour comprendre pourquoi les soldats américains ne consommaient pas leurs rations pourtant nutritionnellement équilibrées. Des outils (principalement des questionnaires) ont alors été développés pour évaluer les qualités gustatives des aliments.

À partir des années 1970, l’analyse sensorielle a été largement utilisée pour devenir aujourd’hui routinière dans l’agro-alimentaire, les cosmétiques, l’automobile, le textile ou encore la santé. En effet, les entreprises ont pris conscience du rôle joué -consciemment ou non- par la perception sensorielle (goût, odeurs, couleurs, aspect visuel et toucher des matériaux, acoustique, qualité d’image, etc.) dans les choix de consommation du client.

En fournissant des données factuelles sur la perception des caractéristiques des produits, la mesure sensorielle permet de faire des choix stratégiques au moment de la conception d’un produit ou du suivi qualité et de construire à façon les argumentaires marketing.

La mesure sensorielle : des outils normés pour que déclaratif ne rime pas avec subjectif

La mesure sensorielle permet de passer d’une déclaration subjective (« je n’aime pas ceci ») à des remontées factuelles (« l’option A est plus sucrée que la B »). Rigoureusement mise en œuvre selon les normes en vigueur, l’analyse sensorielle classique permet de réaliser « l’examen des propriétés organoleptiques d’un produit par les organes des sens » (définition de la norme NF ISO 5492) sur un panel d’individus. L’être humain devient un instrument de mesure grâce à ses capacités olfactives, gustatives, visuelles, auditives et tactiles.

La mesure sensorielle classique présente cependant deux limites principales.

Tout d’abord, pour être fiables, les mesures sensorielles doivent être réalisées dans des conditions expérimentales neutres (boxes de dégustation) et maîtrisées (modalités et durée d’exposition au produit standardisées). L’évaluation du produit est donc peu réaliste et ne tient pas compte des interactions sensorielles qui, dans la réalité, viennent modifier la perception du produit.

Le second biais vient du recours à la verbalisation. Malgré le soin apporté au choix des termes employés dans les questionnaires, il est impossible de garantir que tous les individus d’un panel choisiront un même mot pour décrire une perception sensorielle donnée. De plus, l’individu répond toujours en fonction d’un cadre social donné (réponses pour faire plaisir, pour contester, etc.).

Les nouvelles approches sensorielles au service de la qualité perçue

En réponse à ces biais, de nouvelles approches émergent. D’aucuns veulent rendre plus réalistes les conditions expérimentales de l’analyse sensorielle en utilisant la réalité virtuelle[3]. D’autres proposent des approches complémentaires inspirées des sciences cognitives et proposent d’expérimenter in-situ[4].

D’autres enfin ont, en plus, réussi à s’affranchir du problème de la verbalisation. C’est le cas du laboratoire PULSE du CSTB[5]qui mesure l’activité physiologique du corps humain (sudation, fréquence cardiaque, flux sanguin, température de peau, etc.) pour apprécier les sensations des individus. La mesure physiologique est objective : on ne peut pas simuler une réaction physiologique en réponse à un stimulus. Elle est aussi très précise : le corps humain peut devenir un capteur dont la sensibilité est plus fine que celle des appareils de mesures physico-chimiques classiques, même dans les cas où l’individu n’a pas eu conscience d’avoir une réaction.

En contournant le problème de la verbalisation grâce à la mesure physiologique, PULSE permet également d’élargir le spectre des réactions mesurables en descendant en deçà du seuil de conscience, pour traduire concrètement toutes les sensations (bien-être, stress, concentration, etc.), mêmes les plus ténues et difficiles à exprimer. PULSE évalue la qualité perçue au plus près du ressenti des usagers, et ce aussi bien in-situ qu’en conditions expérimentales maîtrisées.

Des applications pour l’environnement de travail

Ces nouvelles approchent sensorielles peuvent permettre de mesurer la qualité de l’environnement de travail telle qu’il est perçu et vécu par les occupants d’un espace bâti. Il devient alors possible : de caractériser en amont de la conception les effets combinés des différents choix d’agencement, de matériaux, de couleurs, de qualité lumineuse ou d’acoustique sur l’état des individus en termes de concentration, de stress, de fatigue, ou d’aptitude et de détecter en aval des défauts de conception, d’orientation, d’agencement… impactant la qualité de vie au travail ; l’analyse de ces défauts permettant alors de trouver l’origine d’une perception négative d’un espace de travail.

L’avantage ? une mesure objectivée du bien-être pour éclairer les choix de conception ou de rénovation.

[1] 10 chiffres clés sur le monde du travail – Regionsjob 

[2] L’engagement et l’espace de travail dans le monde (Ipsos, Global Report EMEA) – Adverbe.com

[3] Projet Senso VR de Biofortis, TUTKII et CEA Tech

[4] Neurokif, Certesens, Datakalab 

[5] Laboratoire PULSE

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