Mon bonheur (au travail) : de quoi je me mêle ! Dominique Losay, Président de NWOW, le « thinktank du travail réinventé ».

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  • A quoi tient le fait d’être heureux dans son cadre professionnel ? Entre aménagement des espaces, nouveaux modèles de management et sens du travail, Dominique Losay, président de NWOW, le « thinktank du travail réinventé », s’interroge. 

Productivité et qualité de vie au travail : un lien qui n’est plus à démontrer

 

J’ai toujours une appréhension à l’égard des gens qui veulent s’occuper du bonheur des autres. Après tout, c’est pour rendre heureux les hérétiques dans l’au-delà en les purifiant par le feu que l’inquisition a couvert l’Europe de buchers. Plus récemment, la partie orientale de l’Europe a vu prospérer des goulags alimentés par des gens bien intentionnés qui voulaient le bonheur des peuples…

 

Evidemment, il procède de l’élémentaire bon sens de penser que l’on travaille mieux en étant exonéré d’un excès de stress et qu’on en est donc que plus productif. Malheureusement, quoi qu’en disent encore certains (dirigeants d’entreprise, parlementaires…) même s’ils sont de plus en plus rares, le burn out, le bore out, le harcèlement sont des fléaux loin d’être marginaux qu’il convient de combattre avec fermeté… et exemplarité.

 

La qualité de vie au travail, le bien-être au travail sont des attentes fortes des salariés, qui souvent sont priorisées notamment par rapport à la rémunération. La réponse à ces attentes est un enjeu important pour les entreprises à la fois pour recruter des talents (la minorité qui est en situation de choisir son entreprise), à la fois pour que les salariés en place soient en mesure de donner le meilleur d’eux-mêmes.

 

 

De l’importance des nouveaux modes d’organisation du travail

 

QVT et bien-être au travail sont des notions qui font appel à un mix de tangible et d’intangible. Tangibles notamment l’organisation et l’aménagement des espaces : clarté, luminosité, absence de nuisances sonores, accessibilité des bâtiments, outils digitaux performants… Intangibles notamment l’organisation du travail et le modèle managérial. Faut–il mettre ces deux volets sur un pied d’égalité ? Certainement pas.

 

Puisque le tangible est visible, il est le plus facile à mettre en œuvre et la tentation est forte de s’en satisfaire. Mais la meilleure acoustique, le meilleur traitement de la lumière, la meilleure ergonomie des sièges et des bureaux ne servent à rien si le salarié vient toujours au travail la boule au creux du ventre à cause d’un management tatillon, d’un flou sur le périmètre de ses responsabilités (lui aussi parfois renforcé avec les meilleures intentions du monde, au nom de la co-construction), d’une perte de repère sur le sens de son travail (de plus en plus fréquent dans le middle management) …

 

Le succès du télétravail (homeworking) est illustratif de cette hiérarchie actée dans les faits par la plupart d’entre nous. Alors que nous n’avons pas chez nous le fabuleux fauteuil Aeron d’Herman Miller que nous avons (si nous sommes chanceux) au bureau, nous choisissons pourtant sans hésiter de travailler à la maison un ou deux jours par semaine. Car, en plus du temps de transport économisé, ce pour quoi nous votons c’est notre liberté d’organisation, l’absence du « regard chosifiant » des autres.

 

Mettre fin à la culpabilisation des salariés : stop à l’injonction au bonheur !

 

Mais, passer de la nécessité du bien-être au travail à l’injonction du bonheur au travail est une toute autre histoire. Oh, bien sûr, « chief happiness officer » fait plus cool et moderne que « directeur du bonheur ». Pourtant le CHO est bien le directeur des opérations, le CTO le directeur de l’IT… Directeur du bonheur !! Même Orwell n’en a pas fait le cauchemar.

 

Le bonheur est une notion indéfinissable, qui renvoie chacun au plus profond de son être, de ses émotions, de sa spiritualité. Comment prétendre l’encadrer ? Comment oser se prétendre apte à délivrer des diplômes de bonheur ?

 

Alors que QVT et bien-être au travail font peser, à juste titre, la responsabilité de leur existence sur la direction de l’entreprise, le « bonheur au travail », lui, renvoie la responsabilité sur le salarié : Tu te dois d’être heureux. Le travail est une partie importante de ta vie. Tu te dois d’y être heureux. D’ailleurs, il est important que tu sois en phase (« raccord ») avec ce que tu fais dans l’entreprise et ce qu’elle fait. Ce n’est pas normal que tu ne le sois pas…

 

Compris ? Heureuse au travail la caissière en temps partiel subi ! Heureux le cycliste délivrant des repas à domicile ! Heureux le téléopérateur de call center ! Heureux le caissier de péage d’autoroute !

 

Soyons attentifs. La relation sereine au travail, celle qui déstresse vraiment est une relation rationnelle : j’ai un travail que je fais le mieux possible dans mon intérêt et celui de l’entreprise. Je le fais bien et en retour j’en attends reconnaissance et juste rémunération.

 

Attention : derrière l’injonction intrusive « sois heureux », j’entends déjà « si t’es pas heureux, casse toi ».

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