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Suzanne Deoux : repenser la santé dans les bâtiments

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Comment penser la santé dans la conception et l’exploitation des bâtiments de demain ? 4 questions à Suzanne Deoux, docteur en médecine, pour aborder la santé par une analyse des besoins physiologiques, sensoriels et psychosociaux de l’humain.

1- Originellement, vous avez une formation médicale, comment en êtes-vous arrivée à la santé au sein du bâtiment ?

Au cours de mes 15 années d’exercice d’ORL, l’augmentation des maladies allergiques surtout chez les enfants, m’a fortement interpellée. Je tenais à mieux en comprendre les causes. Il y a 25 siècles, Hippocrate énonçait dans son traité « Des airs, des eaux et lieux » qu’on ne peut prétendre soigner un patient sans connaître ses habitudes de vie, son lieu d’habitation… Cela m’a incité à passer d’une vision curative à une vision préventive de la médecine. En m’inspirant par ailleurs de Haeckel, créateur du terme « écologie » en 1866 à partir du grec « oikos » (habitat) et « logos » (science), j’ai ainsi décidé de créer MEDIECO, un cabinet de conseil pionnier en santé environnementale. J’ai également écrit plusieurs ouvrages parmi lesquels L’écologie, c’est la santé en 1993 puis Habitat Qualité Santé, clef en mains en 1997, le Guide de l’Habitat sain en 2002, Bâtir pour la santé des enfants en 2010.

2- Quel état des lieux faites-vous de la santé dans les bâtiments ?

Les préoccupations de santé dans le bâtiment ne sont pas nouvelles. Pendant longtemps la peur de l’infection a dominé la lutte contre la propagation des maladies (peste, choléra, tuberculose…) et culminé avec l’hygiénisme à partir du XIXème siècle. Au XXème, la découverte d’une bactérie, la légionnelle peut s’apparenter à un vrai film policier. En 1976, lors du 58ème congrès de l’American Legion à Philadelphie, 182 anciens combattants ont été victimes d’infections respiratoires dont 34 sont décédés.  Après 9 mois de recherche, les enquêteurs ont identifié le germe inconnu et lui ont donné le nom des victimes, les légionnaires, et trouvé la cause de sa dispersion dans l’air : la contamination du système de climatisation de l’hôtel. Cette bactérie inoffensive dans l’eau de boisson devient pathogène lorsqu’elle est inhalée. Actuellement, la montée de pathologies chroniques (asthme, cancer, allergie, perturbation endocrinienne…) nous interroge sur l’exposition à de nombreux polluants chimiques dont nous découvrons au fur et à mesure les effets.

3- Quels sont les aspects qui vous semblent les moins bien pris en compte à l’heure actuelle ?

Trois aspects m’apparaissent fondamentaux. La qualité de l’environnement sonore dans le bâti a des effets sournois cardio-vasculaires et psychosociologiques par le stress que génère le bruit. Cet aspect est peu intégré. D’autre part, la conception acoustique des écoles ne se résume pas à l’isolation des bruits extérieurs/intérieurs, mais elle passe aussi par un traitement de la réverbération qui améliore l’intelligibilité des messages et les performances scolaires. L’apport en lumière naturelle, n’est pas également suffisamment pris en compte lors de la conception alors qu’elle est indispensable à la synchronisation des rythmes biologiques. A ce sujet, une nouvelle norme européenne (EN 17037) a vu le jour. En ce qui concerne la qualité de l’air intérieur, des progrès ont été fait au niveau des émissions des matériaux, même si l’étiquetage peut encore être amélioré. Plus globalement, rechercher la seule performance énergétique sans se préoccuper de l’humain conduira à un échec sanitaire. Pour cela, « Rénovation énergétique : la santé en plus » est la thématique de la 7éme édition des Défis Bâtiment Santé qui auront lieu à Paris, le 4 juillet 2019.

4- Vous avez justement contribué à la rédaction d’une note « Bâtiment responsable et Santé » afin de repositionner les besoins physiologiques, sensoriels et psychosociaux de l’Homme au cœur de l’immobilier. D’après vous, comment pouvons-nous concrètement aborder ces besoins dans le bâtiment ?

Cette note a été commanditée par le groupe de réflexion RBR 2020-2050 du Plan Bâtiment Durable. Elle défend une vision la plus globale possible, fondée sur l’indispensable réponse du bâti aux besoins fondamentaux de l’homme. Première recommandation, si les besoins physiologiques et sensoriels doivent être mieux identifiés, inclure les besoins psychosociaux dans la conception du bâti et de la ville devient une urgence. A ce titre de nouveaux sujets émergent : convivialité, mais aussi intimité, ouverture mais aussi sécurité, biophilie qui répond à notre besoin de vivant et de nature mais aussi prévention de l’allergie pollinique. Deuxième recommandation, la prévention de pathologies liées à la prolifération fongique, à l’augmentation de la concentration des polluants impose un contrôle, à réception, des installations de ventilation par une tierce personne. Cela permettrait ainsi de vérifier que la mise en œuvre des solutions retenues en conception permet d’atteindre les objectifs fixés.

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